207 objets tirés de l’Encyclopédie, 2013, porcelaine, dimensions variables

Oeuvre présentée dans le cadre de l’exposition Une Collection à la Bibliotèques de Verdun à Montréal


Les œuvres de l’exposition Une Collection ont été inspirées des planches de L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dirigée par Diderot & d’Alembert de 1751 à 1765. Né des idéaux du Siècle des lumières, ce projet ambitieux regroupe un ensemble considérable de connaissances sur l’état des sciences naturelles, des métiers et des arts libéraux tels que pratiqués à l’époque, dont la sculpture, à laquelle je me suis particulièrement intéressée. 30 planches de dessins représentants les techniques et les outils des sculpteurs en terre, en plâtre, en marbre, en or et argent et en plomb font partie de la section « Sculpture » de L’Encyclopédie. L’œuvre centrale de l’exposition présentée au Centre culturel de Verdun, 207 objets tirés de l’Encyclopédie, regroupe effectivement 207 objets de porcelaine façonnés à la main reproduisant une grande partie des outils représentés à l’intérieur de ces planches.

Ma pratique artistique gravite autour de questions sur la place de l’objet dans l’art, ainsi que sur le rôle des acquis, des conventions et des idéaux artistiques dans notre compréhension et notre réception des œuvres d’art. L’encyclopédie de Diderot, entreprise idéaliste s’il en est une, est à l’origine du projet encyclopédiste de la Renaissance; époque qui a fortement imprégné notre imaginaire associé à l’art. N’étant ni une céramiste professionnelle, ni une sculpteure traditionnelle, mes reproductions ne peuvent être qu’approximatives, créant plutôt un répertoire de forme, une image fantasmée des véritables outils qu’une représentation réaliste. Réalisés en porcelaine — ce matériau fragile et précieux —, les outils qui ont dans un lointain passé servi à créer d’hypothétiques chefs-d’œuvre sont ici présentés à l’intérieur de vitrines, créant un renversement de l’ordre des choses. Devenus inertes et ayant perdu leur fonction d’origine, ils sont désormais les éléments d’une collection d’objets rappelant l’univers artisanal de la Renaissance et l’idée romantique qu’on en a. Pourtant, demeure bel et bien inscrite en eux la potentialité d’une œuvre à créer, d’un objet ou d’une sculpture à dégarnir, ciseler, couler, façonner, former, limer, poncer, tailler, etc.

L’oeuvre fait désormais partie de la Collection d’oeuvres d’arts de la Ville de Montréal.


Crédits photo: Chloé Desjardins