Réflexion, exposition présentée au Centre Plein sud


Chloé Desjardins porte un intérêt particulier à la sculpture, aux formes et à la matière, avec une prédilection marquée pour le moulage, une technique qui lui permet de reproduire des objets communs ou génériques, quelquefois issus de la production industrielle de masse. Ce choix soulève alors la question de la valeur de l’objet et de son unicité. Un choix qui confronte également les idées préconçues sur le statut des œuvres d’art. Les objets-sculpture de l’artiste sont mis en scène dans le respect des conventions muséales d’exposition qui s’appliquent plus particulièrement aux sculptures. Ces codes institutionnels de présentation amplifient d’une part l’idéalisation des œuvres, et les placent d’autre part en mode délibéré de séduction. Dans son exposition à Plein sud, l’artiste pousse cette stratégie à un autre niveau en mettant chaque œuvre face à son double, inversée comme une réflexion dans un miroir.

Dans ces mises en scène, Chloé Desjardins démontre que les dispositifs de présentation utilisés par les musées, avec les incidences d’idéalisation ou de séduction évoquées plus haut, s’accompagnent en contrepartie d’un effet de distance, d’isolement, ou d’enfermement de l’œuvre sur elle-même — effet dont la sensation semble amplifier à mesure que nous nous en approchons. La proposition d’œuvres en miroir, mises en réflexion avec leur double, peut apparaître comme une déclaration propre à briser cet effet d’éloignement de l’œuvre, et ainsi déjouer la sensation de distance éprouvée. Certainement, cette stratégie provoque un dialogue nouveau entre les œuvres elles-mêmes et avec le visiteur dont la position se trouve réévaluée et le point de vue revalorisé.

Récipiendaire de la bourse Plein Sud 2014

Réflexion/Publication accompagnant l’exposition/Texte de Jérôme Delgado


Crédit photo : J-F L’Amoureux