La Galerie B-312 est heureuse d’accueillir dans sa grande salle le travail de Chloé Desjardins, une artiste de la relève établie à Montréal. Intitulée Quelque chose, sa première exposition solo rassemble des œuvres ayant été présentées dans le cadre de sa maîtrise à l’Université du Québec à Montréal ainsi que des productions inédites. Pour réaliser ce corpus de moulages en plâtre, l’artiste a recours à des objets usuels, souvent industriels ou manufacturés, ainsi qu’à des textures d’apparence banale, mais qui acquièrent une nouvelle présence lorsque recopiés dans un autre matériau. Par cette simple opération de transmutation de la matière originale, un écart se crée, saisissant, et rappelle combien la sculpture met en scène et à distance son sujet. En même temps, ces objets incarnent plusieurs paradoxes : des formes familières qu’on voudrait toucher deviennent inaccessibles, figées dans la matière ; des œuvres uniques sont élaborées à partir d’une technique de copie. La pratique de Chloé Desjardins suggère une certaine sensibilité aux problématiques soulevées entre autres par le minimalisme et l’art conceptuel, comme l’influence du lieu d’exposition sur l’appréciation d’une œuvre ou la question de la sacralisation des objets. Placés sur des socles de dimensions variables ou protégés derrière des vitrines de plexiglas, ces objets mettent en relief les codes et les conventions régissant l’appréciation des œuvres d’art. L’artiste questionne la présence, le statut et l’effet de ces dispositifs dans la mise en contexte des œuvres. Avec une simplicité étonnante, Quelque chose nous rappelle combien la valeur symbolique de l’objet est malléable et tient à peu de chose, à presque rien. —Mathieu Ménard

Choses blanches/Le Devoir/Jérôme Delgado


Crédits photo: Guy L’Heureux