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Steel notes (Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée)(A.2019.024), 2020, Classeur métallique modifié, armoire métallique, projection lumineuse, 183 x 88,5 x 89 cm

Le titre de cette œuvre lui confère une dimension narrative qui détonne lorsqu’on est mis en sa présence puisque celle-ci n’est pas figurative et n’explicite pas l’histoire qu’elle annonce. Chloé Desjardins imagine la réserve (et plus précisément le tiroir de rangement) comme le lieu d’un crime : l’œuvre y aurait été atteinte par des projectiles qui l’auraient traversée. L’objet choisi pour la conception de cette œuvre, un mystérieux classeur industriel aux tiroirs inclinés, n’a été modifié que par l’action qui l’a laissé meurtri.


Le 27 octobre 2020, à 9 h 36, à Camille Blachot, coordonnatrice des communications et des projets numériques, a envoyé à Chloé Desjardins une description de l’objet A.2019.024.


L’objet que j’ai choisi est une sculpture de Betty Goodwin, elle se nomme Steel notes (Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée) et a été créée en 1993.

Mon processus de recherche fut plutôt simple, dans notre base de données les œuvres ne sont pas toutes photographiées. Je me suis donc rabattue sur les titres. Lorsqu’un titre m’interpellait je regardais le nom de l’artiste. Si l’artiste était un homme alors je passais au suivant. J’avais un seul critère, je voulais décrire l’œuvre d’une femme. Quand je suis tombée sur le titre Steel notes (Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée), je me suis sentie tout de suite interpellée. Derrière cette œuvre il y avait une enquête, une question, une relation avec cette personne qui l’a peut-être tuée.

En descendant dans les réserves du Musée, je me suis retrouvée face à un classeur en métal. Nathalie a ouvert un petit tiroir et c’est là que j’ai pu voir, pour la première fois, l’œuvre de Betty Goodwin. Elle était comme je m’y attendais, un objet de taille moyenne à petite. Je n’ai pas pu la toucher, mais au regard l’œuvre me semblait lourde.

Steel notes (Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée) est composée de trois niveaux ou « étages ». Le premier niveau est une plaque de métal brut plutôt fine. Sur cet étage est inscrit, avec ce qui ressemble à de la craie blanche, le titre de l’œuvre en lettre majuscule. Sur le second niveau se trouvent deux barres métalliques d’environ un pouce d’épaisseur qui sont placées au centre et semblent servir de « socle » pour surélever le troisième niveau. Ce dernier est composé de la plus épaisse pièce en métal, elle doit faire environ un pouce et demi. Elle ressemble à une pièce de puzzle qui me paraît avoir été découpée au plasma. Cette découpe n’est pas nette, elle comporte de fines bavures. Sur cette pièce se trouvent quatre petits trous qui, eux, transpercent la pièce de façon très nette. Ils sont disposés comme les étoiles qui dessinent la casserole de la constellation de la Grande Ourse. Ces quatre trous m’ont fait penser à des perforations par balles qui ont bel et bien atteint leur cible avec une grande précision. Enfin sur ce troisième étage, il y a aussi des dessins ou des marques, ou plutôt des traces. Il me semble que ces dernières ont été exécutées avec spontanéité, mais j’avoue ne pas savoir si elles ont été faites avec violence ou légèreté. Ces traces sont de tons de rouge, de beige et de blanc.

L’œuvre n’a pas répondu à mon questionnement de départ, mais m’a laissé quitter les réserves du MAJ avec bien plus de questions. Quand je me suis retrouvée devant l’œuvre, c’est comme si j’avais eu la sensation qu’elle était incomplète, qu’il y avait quelque part un autre morceau qui viendrait la compléter ou l’englober comme une protection.

Betty Goodwin, Steel notes (Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée), 1993, Acier, aimants, cire et pastel, 40,9 x 30,8 x 2,5 cm

Collection du Musée d’art de Joliette. Don anonyme. A.2019.024

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