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Single Standing Figure (1989.022), 2021, Quatre écrans de projection, non-tissé de polyéthylène, Dimensions variables

La figure humaine est au centre de l’œuvre semi-abstraite de l’artiste Henri Moore, reconnu pour ses sculptures monumentales aux formes ajourées. L’œuvre de Desjardins, qui fait référence à cet aspect du style de Moore, s’inspire surtout de l’histoire personnelle de la participante qui a choisi l’objet original dans la collection. Elle y aborde sa propre relation à la sculpture, remontant à l’enfance, ainsi que celle qu’entretient son père avec ce médium. Desjardins choisit de jouer sur l’idée de projection pour son intervention afin de faire réfléchir aux liens entre l’art et le monde des idées. La composition en anamorphose suggère également la nature complexe des aspirations artistiques qu’on ne peut généralement pas réduire à un seul aspect ou embrasser d’un seul coup d’œil.


Le 16 octobre 2020, à 15 h 55, Julie Armstrong-Boileau, responsable des communications
et du marketing, a envoyé à Chloé Desjardins une description de l’objet 1989.022.


L’objet que j’ai choisi est une œuvre du sculpteur anglais Henry Moore réalisée en 1978. Single Standing Figure, c’est le titre. J’aime bien me traduire le titre : Figure unique debout.

Quand je suis arrivée dans les réserves et que ma collègue Nathalie Galego a ouvert le tiroir contenant cette sculpture, aux côtés de trois autres de ses amies de même taille (dont une seule qui n’était pas de Moore), j’ai été surprise de découvrir qu’elle était beaucoup plus petite que je ne le pensais. Elle fait environ la hauteur d’une main, soit 15,3 x 5,1 x 5,1 cm. Elle ressemble un peu à une main aussi d’ailleurs. Ou à un doigt, plutôt. À un appendice humain, en tout cas.

J’ai eu envie de la toucher, mais je n’ai pas osé. Elle semblait délicate, fragile, seule.

Le socle sur lequel la « standing figure » repose est aussi haut qu’elle (ou presque). Ceci la fait paraître encore plus délicate.

Contrairement à d’autres œuvres d’Henry Moore appartenant à la série du même titre que je trouve sur le web, la sculpture que j’ai choisie semble incomplète, approximative, floue. On n’y reconnaît pas une silhouette humaine. On dirait plutôt un arbre brûlé, ou mort, ou même une flamme.  

La sculpture est en bronze, matériau noble, s’il en est. Comme une promesse de possibles. Et elle est brun foncé, comme du chocolat. Sa couleur et son allure me procurent une sensation de calme et un désir d’introspection.

J’ai choisi cette sculpture parce qu’elle me fait penser à mon père. Mon père qui a cherché toute sa vie une voie, une vocation, et qui dès les premiers mois de ma vie a versé dans les arts visuels. Il a fait son bac en arts visuels à l’UQAM dans les années 1970-1980, avec une spécialisation en sculpture. Les premiers noms d’artistes que j’ai entendus sont Picasso, Henry Moore et Calder. Trois noms qui sonnent bien. Mon père me faisait feuilleter des livres d’art. Il s’inspirait beaucoup de Moore et Calder dans sa production.

Pour moi, la sculpture est un acte de force : une bataille avec un matériau, puis un objet qui a une existence propre, incontournable souvent. Je crois que j’avais environ neuf ans quand mon père m’a emmenée dans un atelier de sculpture de l’UQAM et qu’il m’a assise au centre de l’une de ses créations. J’étais assise dans une sculpture. Elle me portait. De découvrir qu’une sculpture pouvait me porter a été une impression forte d’enfant.

Enfant, j’aimais aller dans les musées. Mais je préférais de loin les expos de sculptures à celles de peintures.

Mon père lit, il écoute de la musique, il pense, il écrit, il hésite. Il est très solitaire. Il est debout. Sa vie a sans doute été plus petite que celle qu’il pensait avoir. Les contours de sa vie lui ont échappé en quelque sorte. Un peu comme ceux de cette œuvre de Moore, qui sont difficiles à définir.

Henry Moore, Single Standing Figure, 1978, Bronze, 13,3 x 5,1 x 5,1 cm

Collection du Musée d’art de Joliette. Don de Goerge J. Rosengrten. 1989.022

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