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Winnipeg Free Press (1995.009.1-7), 2020, Mousse de rembourrage, armature métallique, non-tissé de polyéthylène, 118 x 51 x 35 cm

Cette sculpture matelassée reprend la facture des œuvres sérigraphiées sur tissu réalisées par Pierre Ayot à la fin des années 1970. Elle fait allusion de façon ludique à certains codes de la série originale comme les références à la culture populaire et la mise en situation des objets dans leur espace. Représentant un présentoir à journaux confectionné en non-tissé de polyéthylène (Tyvek), la sculpture vient ici compléter l’œuvre tirée de la collection du MAJ en fournissant le contexte de diffusion qui aurait été celui des quotidiens représentés par Ayot.


Le 6 octobre 2020, à 21 h 40, Karine Boivin, technicienne en muséologie, a envoyé à Chloé Desjardins une description de l’objet 1995.009.1-7.


L’objet que j’ai choisi semble banal. De loin, on pourrait croire qu’il s’agit d’une pile de journaux, abandonnés à la porte du dépanneur du coin à 5 heures du matin. C’est un trompe-l’œil amusant, dont la présence dans les collections me semblait incongrue au premier regard. Lorsqu’on lui porte une plus grande attention et qu’on s’en approche, on s’aperçoit que ce papier, en réalité, n’en n’est pas, qu’il s’agit de fibres tissées serré. Pierre Ayot a créé cette œuvre intitulée Winnipeg Free Press, en 1981. Comme pour un journal, c’est bien un texte à l’encre noire avec titre et sous-titres à l’encre bleue qui sont imprimés, mais sur du coton. Le tout est cousu et rembourré pour avoir l’apparence d’un tas de journaux. Les coins ont été soigneusement arrondis aléatoirement, les superpositions parfaitement désaxées. Pas trop, juste assez. Ses dimensions sont aussi réalistes, soit environ : 60 cm de hauteur, 40 cm de largeur et 33 cm de profondeur.

Sur la « une », on voit le titre du journal, Winnipeg Free Press en bleu, entre deux grosses lignes également bleues. En haut, six petites colonnes de texte. La cinquième est celle dont on distingue davantage le contenu : Election ’81 en bleu.

Sous le titre, une photographie en noir et blanc de faible résolution, tout comme l’étaient celles des journaux de l’époque. Elle occupe le quart inférieur gauche de la page et montre une pelle mécanique creusant un trou avec quelques travailleurs autour, la regardant travailler.

L’objet que j’ai choisi n’a rien d’anodin en fait, car beaucoup d’efforts ont été déployés afin que le travail derrière cette œuvre ne paraisse pas. C’est à l’image de cette œuvre que je perçois mon métier, technicienne en muséologie. Si je fais bien mon travail, (presque) rien n’y paraît. Je prends soin des collections soigneusement rangées dans des réserves sombres et inaccessibles, voire inexistantes pour la plupart des visiteurs. Je mets en valeur les objets de collections et le travail des artistes en effaçant au maximum les traces de mes gestes. Mes socles et mes supports se fondent dans le décor et c’est parfait ainsi. Tout comme cet artiste, je déploie beaucoup d’énergie à ce que le résultat de mon travail ait « l’air de rien ».

Pierre Ayot, Winnipeg Free Press, 1981, Sérigraphie sur coton rembourré, cousu et asssemblé, 59 x 40 x 12,5 cm

Collection du Musée d’art de Joliette. Donation Maurice Forget. 1995.009.1-7

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