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Groupe (1990.003), 2021, Établi métallique, plâtre, 115 x 96 x 93 cm

Anne Kahane est connue pour ses œuvres d’art public utilisant le bois puis, vers la fin des années 1970, le métal. La composition, le mouvement et le matériau de l’œuvre Groupe évoquent les grandes sculptures extérieures modernes. Pourtant, l’œuvre est étonnamment de dimension très modeste. Desjardins imagine qu’elle pourrait être la maquette d’une œuvre prévue pour un jardin de sculptures. Elle a ainsi créé le paysage fictif qui aurait pu l’accueillir.


Le 28 septembre 2020, à 10 h 43, Caroline Pierre, conservatrice adjointe à l’éducation, a envoyé à Chloé Desjardins une description de l’objet 1990.033.


L’objet que j’ai choisi est une œuvre d’Anne Kahane, 1957, intitulée Groupe. Cette pièce de la collection du MAJ m’était inconnue bien qu’elle fût exposée en 2018 à la Maison de la Culture Claude-Léveillée (24 février au 13 mai) dans le cadre de l’exposition Le musée s’expose. Regards sur les collections du Musée d’art de Joliette. Outre ce fait, l’historique de cette œuvre ne fait mention d’aucun détail particulier, si ce n’est celui de son acquisition par le MAJ grâce à un don anonyme.

Bien que les dimensions inscrites dans la base de données laissent présager le petit format de cette ronde-bosse (12,3 x 13 x 10 cm), le premier constat que je fais lorsque l’adjointe aux collections tire l’œuvre de son sommeil est que la photographie documentaire que j’ai consultée altère considérablement la perception de l’espace. Évidemment, comme aucun autre référent visuel n’est présent sur cette photographie, l’objet semble donc beaucoup plus imposant qu’il ne l’est en réalité. Cette œuvre est en vérité, sans être minuscule, d’une taille moindre que celle que suggère la contemplation de sa représentation numérique.

C’est une œuvre séduisante; le contraste entre la matière (cuivre) et la forme provoque un sentiment trouble, celui de la rencontre entre la rigidité du matériau et la fluidité du mouvement. La forme globale de l’objet peut vaguement évoquer l’idée d’un drapé. La lumière ambiante dans les réserves rehausse la couleur du cuivre jaune. Rehauts qui s’apparentent par moment, selon notre position dans l’espace par rapport à l’œuvre,
à des lavis d’aquarelle. Leurs couleurs vont de l’ocre à ombre brulée, en passant par celle de l’acier noir. Cet effet est renforcé par l’aspect lisse et poli du cuivre qui agit tel un miroir.

Tiré de son sommeil et placé sur une tablette, l’objet reflète également les œuvres environnantes. Il semble absorber ces reflets afin de les intégrer dans sa propre structure. L’intégration de ces reflets se poursuit tout au long de la rotation de l’œuvre par l’adjointe aux collections, simulant l’expérience du spectateur qui circulerait autour de celle-ci pour mieux la contempler.

En portant attention à l’œuvre, certains effets de matière se révèlent au fur et à mesure de sa rotation. D’apparence lisse, de prime abord sans aspérités, on constate en s’approchant de l’objet que la surface de cuivre a subi à quelques endroits une légère oxydation. Oxydation, ou plutôt une corrosion qui semble plus prononcée aux jonctions (sept en tout) créées par la soudure de l’œuvre à son socle.

L’œuvre, bien que fixée à son socle, semble toujours en mouvement. Cet aspect est particulièrement marqué lorsque nous l’observons de dessus. De cette perspective, le contour sinueux de l’objet m’évoque l’œuvre Territoires, de la série Équinoxe,de René Derouin (première œuvre issue de la politique du 1 % du Musée d’art de Joliette aux environ de 1991-1992). Ce contour a une apparence très organique qui peut être assimilée à la notion du territoire, voire même à celle de la formation d’un paysage.

C’est justement en raison de cette apparence que mon choix s’est porté sur cet objet. Celui-ci mobilise plusieurs réflexions et préoccupations personnelles en lien avec la notion d’espace, qui me fascine et m’obsède.

Anne Kahane, Groupe, 1957, Cuivre jaune, 12,3 x 13 x 10 cm

Collection du Musée d’art de Joliette. Don anonyme. 1990.033

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