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Tête (1984.080), 2020, Classeur métallique, plâtre, cire, 85 x 101 x 45,5 cm

Ce moulage en plâtre et en cire représente un oreiller dont la texture imite celle du non-tissé de polyéthylène (Tyvek). Cette matière est utilisée en conservation préventive puisqu’elle est mince, solide, imperméable et ne produit pas de résidu de fibre lorsqu’on la manipule. Elle sert pour la production d’intercalaires, de housses et de supports de protection. Les coulées de cire sur la surface de l’œuvre évoquent le façonnage brut et les expressions mouvantes des portraits sculptés de Rosengarten. L’empreinte en creux de la tête dans l’oreiller imite les incrustations pratiquées dans la mousse de polystyrène pour entreposer certains objets dans les réserves muséales.


Le 24 juillet 2020, à 10 h 44, Anne-Marie St-Jean Aubre, conservatrice de l’art contemporain,
a envoyé à Chloé Desjardins une description de l’objet 1984.080.


L’objet que j’ai choisi est une sculpture en bronze de forme ovoïde, avec un seul point d’appui qui lui sert de base. Il s’agit d’une ronde-bosse réalisée en 1972 par un sculpteur canadien, Morton Rosengarten. Son titre est tout simplement, littéralement : Tête. La hauteur de l’œuvre est de 26,8 cm, sa largeur est de 14,5 cm et sa profondeur est de 18,8 cm. Son point d’appui est circulaire, d’un diamètre de 11 cm. Elle est d’une couleur dorée, qui réfléchit la lumière. Sa surface n’est pas peinte, la couleur est celle
de son matériau. Son poids est approximativement entre 15 et 20 livres.

La surface de la sculpture est irrégulière, comme si le bronze avait gardé les traces de manipulations de l’argile qui a dû être utilisée pour l’étape préliminaire à sa réalisation. Une protubérance marquée et deux creux se trouvent au centre de la surface qui représente le devant de la sculpture. Deux autres renflements, comme des pustules, se trouvent sur le dessus de la forme ovoïde. Les dimensions de l’ensemble sont
à l’échelle et évoquent réalistement le corps humain.

J’ai aperçu cette œuvre par hasard en réserve lors de notre visite ensemble le 10 juin. Je l’ai tout de suite photographiée avec mon téléphone cellulaire afin de me rappeler son existence. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, je ne descends pas souvent dans les réserves puisque je ne travaille pas directement avec la collection du Musée, étant plutôt responsable des expositions temporaires. Lorsque tu m’as demandé de t’envoyer la description d’un objet de la collection en évitant d’en nommer la forme exacte, afin de tester une idée pour le développement de ton projet, je me suis souvenu de cette image dans mon téléphone. C’est tout naturellement que j’ai choisi de te décrire cette œuvre. Elle a d’abord retenu mon attention puisqu’elle m’a spontanément fait penser à des sculptures de Kader Attia que j’ai vues exposées en 2013 au KW à Berlin, puis en 2018 au Power Plant à Toronto. Je retrouvais ici, dans une autre matière, la déformation des surfaces des sculptures d’Attia, l’évocation matérielle des souffrances, cicatrices, blessures dont témoignent ses sculptures en bois. Plusieurs œuvres d’Attia traitent de l’idée de « réparation », d’un point de vue littéral / matériel autant que conceptuel. Ça m’a également fait penser au concept de plasticité exploré par la philosophe Catherine Malabou, qui s’intéresse aux neurosciences et qui réfléchit à l’identité du point de vue de sa malléabilité, en faisant un parallèle entre la plasticité du cerveau et les enjeux philosophiques de la construction de l’identité. Dans les traces de manipulation de la matière, tout à coup figée, de l’œuvre de Rosengarten, se trouve cette conception du flux, de la transformation perpétuelle, dont un état est ici donné à voir.

Morton Rosengarten, Tête, 1972, Bronze, 26,8 x 14,5 x 18,8 cm

Collection du Musée d’art de Joliette. Don de Goerge J. Rosengarten. 1984.080

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