Échafaudages, 2017, plâtre, 24 poteaux de 8 cm de diamètre et 365 cm de haut


Depuis presque dix ans, Chloé Desjardins remet en question le statut des objets usuels et des œuvres d’art à l’intérieur de l’écosystème artistique. Par une posture réflexive se traduisant par différents détours, détournements et transferts – matériels aussi bien que contextuels –, elle nous invite à revoir certaines idées préconçues à propos des œuvres d’art.

Structure provisoire qui sert de support dans l’édification ou la réparation d’un bâtiment, un échafaudage entendu au sens métaphorique désigne également un assemblage complexe d’éléments, ou encore ce qui soutient un système de manière plus ou moins stable. Dans cette exposition, Desjardins investit le potentiel formel et conceptuel de l’échafaudage afin d’interroger l’interdépendance fragile entre l’œuvre d’art et l’institution artistique.

Par une installation représentant des poteaux de soutien ajustables en plâtre – ces éléments structurels industriels, ici reproduits de façon artisanale dans un matériau fragile – l’artiste propose une œuvre à parcourir où se conjuguent de multiples références à l’architecture, à la figure de la colonne et à l’histoire de la sculpture (plus traditionnelle, comme minimaliste).

Littéralement, l’œuvre dépend de la structure architecturale du lieu d’exposition pour se déployer dans l’espace, s’ériger et se soutenir. En contrepartie, elle semble supporter à son tour la galerie. Les pièces sont disposées de façon à reproduire un espace architectural ; à délimiter un espace intérieur et extérieur. Les dimensions de cette installation et l’organisation de ses éléments constitutifs ont été pensées en fonction de la présence physique du visiteur, afin d’accentuer le rôle actif qu’il joue dans la détermination de ce qui lui est présenté. En attirant notre regard vers ce qui se retrouve en périphérie de la création, l’artiste espère susciter une réflexion critique sur notre rapport aux œuvres et les fondements de notre perception de celles-ci.

Échafaudages/Publication accompagnant l’exposition/Texte de Katrie Chagnon

Le chantier de la sculpture/Le Devoir/Jérôme Delgado

Less is more/Esse arts + opinions/Anne-Marie Dubois


Crédits photo: Guy L’Heureux